En 2024, alors que l’Atelier du Corps s’est solidement ancré dans le paysage annécien avec ses deux salles, ses dizaines d’enseignants et une énergie humaine sans relâche, quelque chose me manque. Ce quelque chose, c’est l’âme du lieu. Celle qui, jadis, faisait vibrer la cuisine d’Irénée, où l’on s’attablait entre rires et discussions animées, entre un café fumant et une omelette du marché.
Depuis quelque temps, l’idée d’un vrai lieu de vie ne me quitte plus. Pas juste un lieu de passage, mais un espace où l’on prend le temps, où l’on se retrouve, où les voix se mêlent aux odeurs de café chaud et à la lumière du matin. Un lieu pour les habitants du quartier, pour les professeurs, les élèves, les curieux, les amis.
C’est à ce moment-là que la vie fait sa magie. Je croise régulièrement Lola et Julia, deux femmes pétillantes qui tiennent un petit café en centre-ville. Un jour, dans un élan spontané, je leur propose de venir s’installer ici. Elles sourient, me confient qu’elles songent justement à tourner une page, que leur lieu est sur le point d’être mis en vente, discrètement. Elles visitent l’Atelier, s’imprègnent des murs, de l’histoire… et c’est le coup de foudre. Le projet résonne.
Grâce à la sensibilité d’Hélène Doherty, leur architecte inspirée, l’ancienne salle est transformée avec finesse et respect. Le vieux carrelage d’époque est remis à l’honneur, les corniches retrouvent leur éclat, la mémoire du lieu refait surface.
Et le plus beau clin d’œil : le nom. « Les Négociantes ». En hommage à Irénée, bien sûr, et à toutes les femmes qui nourrissent les corps et les âmes.
En juin 2025, les portes du café s’ouvrent, la vie revient sur la place. On y croise des élèves, des profs, des passants, des voisins. On y boit un café, on y partage un mot, un rire, une idée.
Le cercle est bouclé. Irénée serait fière.